Sylvain Daniel

Pauca Meae
Sortie le 11 décembre 2020
Label: Kyudo Records
Électrochoc entre classique et psychédélisme électrique

Après avoir exploré l’univers de la Motown et du rap électro de Detroit dans sa précédente création, Palimpseste, Sylvain Daniel effectue cette fois un voyage introspectif. Ce disque nous renvoie aux doutes de l’existence, où affleurent les tourments de l’enfance et les souvenirs évanouis d’un romantisme que l’âge adulte a du mal à étouffer.
“Sylvain Daniel tisse une harmonie époustouflante avec un quatuor à cordes classiques… de toute beauté.” – Citizenjazz

“Autant de styles que, via de forts subtils effets de palimpseste sonore, il est arrivé à brasser avec intelligence, naturel et inventivité” – Jazz Magazine

“Cette création réaffirme ce que, l’an dernier, “Palimpseste” clamait déjà, à savoir que Daniel est un des grands compositeurs de la scène jazz actuelle.” Louis-Julien Nicolaou (Télérama)
Électrochoc entre classique et psychédélisme électrique

Après avoir exploré l’univers de la Motown et du rap électro de Detroit dans sa précédente création, Palimpseste, Sylvain Daniel effectue cette fois un voyage introspectif. Ce disque nous renvoie aux doutes de l’existence, où affleurent les tourments de l’enfance et les souvenirs évanouis d’un romantisme que l’âge adulte a du mal à étouffer.

Sylvain Daniel ne s’en cache pas, il s’est retrouvé seul en studio après s’être séparé de la mère de ses enfants avec, entre les mains, Pauca Meae, soit le livre IV des Contemplations de Victor Hugo qu'elle lui avait confié, s’attachant donc particulièrement aux écrits inspirés par la disparition de Léopoldine, la fille du poète.

Dans sa réflexion autour de l’idée perdue en chemin qu’il se faisait de la famille, de son rôle de père, de l’amour aussi, le bassiste a composé dans un état de deuil, la vie passée envahissant le présent. Et comme chez Victor Hugo, il a été happé par les émotions et les sentiments qui, un jour ou l’autre, ont traversé beaucoup d’entre nous. Ce thème universel donne un album aussi mélancolique qu’agité, avec l’insertion d’extraits de textes du poète, comme une mise en condition mentale, qui résonnent en effet comme ceux appris un jour par cœur à l’école, puis oubliés, mais ayant laissé, à notre insu, des traces.

Ainsi les accents qui se confondent dans Pauca Meae vont de Miles Davis à Nirvana ambiancé par David Lynch ou Dead Can Dance, le tout côtoyant un quatuor à cordes. Tourné vers le passé, mais accompagnant la métamorphose du style musical de l’artiste, cet album opère la jointure entre son éducation, le renvoyant à ce que son propre père lui faisait écouter, les classiques comme Fauré, Debussy, Ravel, et son parcours musical personnel commencé au conservatoire en tant que corniste. Cela, avant de s’émanciper radicalement à travers des musiques résolument actuelles, du jazz au rock, du funk débridé à l’électro. C’est donc un disque personnel et communicatif où les déchirures de la vie servent de palette à un album aux titres variés et envoûtants. Ils passent tour à tour de mélodies douces-amères à des explosions rythmiques reproduisant toute la gamme des troubles langueurs que procure un état de crise intime entre abattement et folles pulsions. Portions de vie qui pourraient être résumées dans l’instrumental qui clôt l’album, Elle avait pris ce pli.

Line up : Sylvain Daniel : bass, voice, additional keyboards, percussions, piano (5 ;9), flugelhorn (3), drums (5) / Guillaume Poncelet : Trumpet / Sophie Agnel : piano, Juno / David Aknin : drums / Johan Renard : violin / Anne Le Pape : violin / Cyprien Busolini : alto violin / Jean-Philippe Feiss : Cello / Olivier Augrond : speak

All tracks composed by Sylvain Daniel

All lyrics extracted from Les Contemplations Victor Hugo

Recorded by Arnaud Pichard at La Dynamo

Strings recorded by Sylvain Daniel at Studio Taitbout

Mixed by Sylvain Daniel

Mastered by Remi Salvador – Climax Mastering

Artwork and photos by Arno Weil

P & c Kyudo
POEMES VICTOR HUGO, PAUCA MEAE, LIVRE IV DES CONTEMPLATIONS

ELLE AVAIT PRIS CE PLI

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;

Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;

Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ;

Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait

Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,

Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.

Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,

Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,

Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent

Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,

Et mainte page blanche entre ses mains froissée

Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.

Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,

Et c’était un esprit avant d’être une femme.

Son regard reflétait la clarté de son âme.

Elle me consultait sur tout à tous moments.

Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants

Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,

Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère

Tout près, quelques amis causant au coin du feu !

J’appelais cette vie être content de peu !

Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste !

Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;

J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux

Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

A VILLEQUIER (extrait)

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,

Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.

Je me sens éclairé dans ma douleur amère

Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire

S'il ose murmurer ;

Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,

Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,

Puisque vous avez fait les hommes pour cela !

Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre

Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,

Le soir, quand tout se tait,

Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,

Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un oeil d'envie,

Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,

Je regarde toujours ce moment de ma vie

Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,

L'instant, pleurs superflus !

Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,

Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,

Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !

L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,

Et mon coeur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,

Mortels sujets aux pleurs,

Il nous est malaisé de retirer notre âme

De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,

Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,

Au milieu des ennuis, des peines, des misères,

Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,

Petit être joyeux,

Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée

Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même

Croître la grâce aimable et la douce raison,

Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime

Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu'on rêva,

Considérez que c'est une chose bien triste

De le voir qui s'en va !

AUX ANGES QUI NOUS VOIENT

— Passant, qu’es-tu ? je te connais.

Mais, étant spectre, ombre et nuage,

Tu n’as plus de sexe ni d’âge.

— Je suis ta mère, et je venais !

— Et toi dont l’aile hésite et brille,

Dont l’oeil est noyé de douceur,

Qu’es-tu, passant ? — Je suis ta soeur.

— Et toi, qu’es-tu ? — Je suis ta fille.

— Et toi, qu’es-tu, passant ? — Je suis

Celle à qui tu disais : Je t’aime !

— Et toi ? — Je suis ton âme même. —

Oh ! cachez-moi, profondes nuits !

OH JE FUS COMME FOU

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,

Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.

Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,

Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,

Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ?

Je voulais me briser le front sur le pavé ;

Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,

Je fixais mes regards sur cette chose horrible,

Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non ! --

Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom

Qui font que dans le coeur le désespoir se lève ? --

Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,

Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,

Que je l'entendais rire en la chambre à côté,

Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte,

Et que j'allais la voir entrer par cette porte !

Oh ! que de fois j'ai dit : Silence ! elle a parlé !

Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé !

Attendez! elle vient ! laissez-moi, que j'écoute !

Car elle est quelque part dans la maison sans doute !

MES DEUX FILLES

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,

L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,

Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur!

Voyez, la grande soeur et la petite soeur

Sont assises au seuil du jardin, et sur elles

Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,

Dans une urne de marbre agité par le vent,

Se penche, et les regarde, immobile et vivant,

Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,

Un vol de papillons arrêté dans l'extase.

DEMAIN DES L'AUBE

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

ECOUTEZ JE SUIS JEAN

Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres.

J’ai vu l’ombre infinie où se perdent les nombres,

J’ai vu les visions que les réprouvés font,

Les engloutissements de l’abîme sans fond ;

J’ai vu le ciel, l’éther, le chaos et l’espace.

Vivants ! puisque j’en viens, je sais ce qui s’y passe ;

Je vous affirme à tous, écoutez bien ma voix,

J’affirme même à ceux qui vivent dans les bois,

Que le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes,

Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites.

C’est bien. Continuez, grands, petits, jeunes, vieux !

Que l’avare soit tout à l’or, que l’envieux

Rampe et morde en rampant, que le glouton dévore,

Que celui qui faisait le mal, le fasse encore !

Que celui qui fut lâche et vil, le soit toujours !

Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours,

J’ai dit à Dieu : Seigneur, jugez où nous en sommes.

Considérez la terre et regardez les hommes.

Ils brisent tous les noeuds qui devaient les unir.

Et Dieu m’a répondu : Certes, je vais venir !
1 Elle avait pris ce pli

2 A Villequier

3 Aux anges qui nous voient

4 Oh ! Je fus comme fou

5 Mes deux filles

6 Demain dès l’aube

7 Ecoutez je suis Jean Pt .1

8 Ecoutez je suis Jean Pt. 2

9 Elle avait pris ce pli instrumental