Mariza

Amor
Sortie le 13 novembre 2026
Label: Warner
Avec Amor, la chanteuse portugaise Mariza quitte les rivages du fado, sans l’oublier, et bâtit un album cosmopolite et profond, à l’image de sa ville d’accueil, Lisbonne, aujourd’hui effervescente. Mariza a du style, mais plus encore de la profondeur. Née en 1973 à Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo), capitale du Mozambique, la chanteuse lusophone publie son neuvième album studio, Amor, déclinaison minutieuse des formes mouvantes de l’amour – beau, pur, toxique, familial, ardent, asthénique, charnel, ou non. « Si je résume cet album, je dirais : pur, parce que c’est une catharsis ».
Avec Amor, la chanteuse portugaise Mariza quitte les rivages du fado, sans l’oublier, et bâtit un album cosmopolite et profond, à l’image de sa ville d’accueil, Lisbonne, aujourd’hui effervescente.
Mariza a du style, mais plus encore de la profondeur. Née en 1973 à Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo), capitale du Mozambique, la chanteuse lusophone publie son neuvième album studio, Amor, déclinaison minutieuse des formes mouvantes de l’amour – beau, pur, toxique, familial, ardent, asthénique, charnel, ou non. « Si je résume cet album, je dirais : pur, parce que c’est une catharsis ».
Depuis Mariza canta Amalia, paru en 2020, Mariza a effectué un voyage intérieur ardu, passant « par des montagnes d’émotions, des états amoureux tels que je les chante sur Amor. Ce disque est celui de la vérité, cruelle, dure. L’amour est central, il est parfois joyeux, parfois toxique et destructeur, je le sais pour l’avoir vécu ». Onde vais, l’un des neufs titres d’Amor, en détaille les brasiers, l’obscurité sans espoir.
Apaisée par sa démarche artistique, réconciliée avec elle-même, Mariza jure que son prochain disque reviendra sur les fondamentaux et s’appellera « Métisse ». « Je ne fais que ce que je veux bien faire, affirme cette femme au timbre ardent et à la silhouette longiligne. Et c’est ainsi que j’ai construit mon identité au long de vingt-cinq ans de carrière ». Enfant libre, têtue et fragile, elle voulait danser « claquettes ». Sans chaussures adéquates, elle cola des capsules de Coca-Cola sur ses semelles. Et elle dansait, venant d’un monde, l’Afrique, où la musique occupe tout l’espace. Lisbonne succombait encore « à la grisaille », dit-elle, même si la Révolution des Œillets de 1974 avait ouvert les portes et rendu son indépendance à son pays natal.
Depuis, le Portugal s’est transmué, poursuit-elle, et aujourd’hui Lisbonne bouillonne d’un « extraordinaire mélange de cultures. On me croit blanche, mais je suis métisse, je suis africaine, comme ma mère, née d’une femme noire appartenant à la tribu des Maxopes », des Bantous du sud du Mozambique. Amor, un recueil de chansons sans étiquettes, se pare des atours d’un hip-hop mélodique grâce la participation de deux artistes d’ascendance angolaise, deux générations.
Evoquant la fugacité de la magie amoureuse, As Pernas Pro Ar se promène sur la voix fluide et les apports afro de Virgul, leader de Da Weasel, groupe iconique au Portugal créé en 1994. Dix ans plus tard, Gson a fondé le collectif pluriculturel Wet Bed Gang. « Il écrit merveilleusement bien. J’ai toujours voulu travailler avec lui, il joue avec les mots, il est passé en studio, nous avons fait un duo », et voici Desamor, le désamour, le désintérêt, le relâchement des liens, la face obscure du non-désir.
L’âme et la poésie lusitanienne ayant traversé l’Océan Atlantique, Mariza a aussi convié l’une de ses idoles, Djavan, maître de la pop brésilienne pour un duo, Amor Puro. « J’adore ce titre. C’est l’amour pur. J’ai eu cette chance de pouvoir la chanter avec Djavan au Portugal lors d’un de ses concerts ». Pour compléter ce kaléidoscope de l’amour – lieu central de l’existence et riposte à la violence du monde -, Mariza a travaillé avec des compositeurs et auteurs qui lui ont bâti des chansons à la demande. Pour la légèreté, Gonzalo Malafaya lui a cousu main une histoire de baisers volés, Robaste os meus beijos. « La chanson évoque les fêtes portugaises, à la campagne, à la Saint Antoine, avec une touche de rythmique africaine. Il y a toujours une amourette qui ne marche jamais. ».
Jamais Mariza ne fera l’impasse sur le fado qui a présidé à ses débuts. Comme l’écrivait le New York Times en 2002, après un concert à Central Park : « Mariza pense le fado comme un mélange culturel, et elle ne veut pas qu'il soit insulaire ». Dans cet album apparenté à la grande variété internationale, elle en a inclus deux. Tout d’abord, Maldição (Armando Vieira Pinto/Alfredo Marceneiro) un « fado cravo » déroulé dans la plus pure tradition musicale et littéraire ainsi résumée : « Nous sommes deux cris silencieux/ Tu ne me donnes ni la vie, ni la mort, mais la lucidité, celle de lire mon propre destin, sans pouvoir le changer… ». Puis Quando se gosta de alguem, écrit et composé en 1980 par la patronne, Amalia Rodrigues. Sans toucher à la structure « fadista », les producteurs, João Pedro Ruela et Diogo Guerra, l’ont ralentie par des arrangements cinématographiques, cordes, synthétiseurs, perlés de guitare portugaise.
Quando se gosta de alguem pose la question de fond : peut-on aimer sans souffrance si l’on ne s’aime pas soi-même ? « J’ai commencé ce disque pendant la pandémie. Tout s’est arrêté, la scène, les applaudissements, les voyages. J’ai eu des difficultés, une dépression qui m’a forcé à m’arrêter. Je suis partie à la recherche de l’essentiel dans ma condition de femme, de mère, d’artiste. Avant d’entreprendre un nouveau voyage, j’ai voulu faire un bilan. Qu’ai-je laissé à mon fils, mes amis, à toutes ces personnes merveilleuses qui ont accompagné ma vie. Et je me suis rendu compte que la question essentielle était de savoir si je m’aimais ».
Amour-désamour. Après la chute de l’empire colonial portugais, la famille quitte Maputo pour rejoindre Lisbonne. Le père, « blond », natif de Porto, grossit les rangs des « retornados », ceux qui sont revenus au pays, mal vus par la génération des Capitaines d’Avril. « Ma mère et moi étions des « refugiadas », des réfugiés, explique Mariza, qui tient à ce détail sémantique, parce qu’elle perçoit très tôt les contradictions d’un Portugal longtemps replié et frileux, tournant le dos à l'Europe et pleurant un empire perdu.
La voici, enfant des rivages de l’Océan Indien, transplantée sur les flancs du château Saint-Georges, dans le quartier malfamé de la Mouraria, lieu de naissance du fado au 19è siècle. « Le Bronx de Lisbonne, mais très traditionnel où nous n’étions pas les bienvenus ». La famille ouvre un restaurant, le Zalala, du nom d’une plage mozambicaine qui fait face Madagascar. Pour s’intégrer, la famille joue la carte du fado, dont le père est un passionné. Le Zalala accueille de grands fadistas, en disgrâce depuis la Révolution des Œillets. A 5 ans, puisqu’elle ne sait pas lire, le père de Mariza lui dessine les chansons sur des petits cartons, « comme une BD ». Et elle les chante.
Qu'est-ce que le fado ? « Un destin qui vous prend », répondait Amalia Rodrigues. Mariza n’y croit pas. Elle n’est pas prise par le fado. Elle le vit, le saupoudre, l’héberge. « J’aimais la scène, je jouais du reggae jazz sans avoir le poids d’une carrière ». Mais à la fin des années 1990, elle débarque au Sr Vinho, une « casa de fados » tenue par la chanteuse Maria da Fé. « Quand j’ai repris le fado, je savais que je n’appartenais pas à ce monde. Que je chantais différemment… ». Cheveux ras, parfois teints en blond, ou tressés, tatouages, et Maria da Fé frise l’apoplexie. Mais cette voix, cette présence …
Elle a vingt-six ans lorsqu’elle enregistre Fado em Mim, en principe destiné à être vendu de table en table. Son guitariste et compositeur, Jorge Fernando, insiste et, en 2001, c’est un succès mondial. « La vie avait déjà établi ces plans pour moi. J’aurais pu être cuisinière, mais je suis devenue chanteuse ». A la veille d’une longue tournée mondiale, Mariza sait qu’elle revivra en scène l’intensité « des sentiments que je chante dans ce disque. » Mais « la tempête est passée ». En dévoilant au grand jour ces émotions qui l’ont paralysée et privée d’elle-même, elle s’en est « délivrée », dit-elle.
En concert les 27 & 28 janvier 2027 à l'Olympia