Edouard Ferlet

Köln Variations
Sortie le 8 novembre 2026
Label: Mélisse
2025 célébrait les 50 ans du célébrissime « Köln Concert » de Keith Jarrett. Rappelons que celui-ci n’est que rarement entré en studio pour ses solos et a toujours privilégié l’aléatoire du concert. Comme si sa solitude exigeait la catharsis du théâtre, comme si son exigence de vérité – avec ses pleins et ses déliés – ne s’accommodait que du partage de la transe.
2025 célébrait les 50 ans du célébrissime « Köln Concert » de Keith Jarrett. Rappelons que celui-ci n’est que rarement entré en studio pour ses solos et a toujours privilégié l’aléatoire du concert. Comme si sa solitude exigeait la catharsis du théâtre, comme si son exigence de vérité – avec ses pleins et ses déliés – ne s’accommodait que du partage de la transe.

Quand Édouard Ferlet nous livre ses « Köln Variations », ces impressions restituées d’un monument de lâcher prise sont terriblement expressionnistes. Bien sûr, on y entend des reprises de détails irrésistibles, disséminées comme autant de fleurs sauvages. Mais surtout, avec la présence de son pianoïd mû par l’intelligence artificielle, Édouard est allé provoquer un dialogue entre son propre piano et ce mutant à qui il a confié sa propre mémoire, résolument humaine.

Se déroule alors sous nos oreilles un fascinant jeu de questions-réponses. Un des fondamentaux du blues et du jazz, après-tout. Les questions fusent des doigts du pianiste. Nourries d’une connaissance profonde de l’improvisation-fleuve de Jarrett et de l’intuition d’inflexions toujours possibles. Et les réponses jaillissent du pianoïd avec la fraicheur de pensée d’une gamine surdouée ou d’un gamin impertinent. Le miracle est que ces réponses-là sont malicieusement fidèles à l’esprit du Jarret de 1975.

En plus, l’orgie de groove, accentuée par les effets percussifs des deux instruments vient ancrer le flux musical dans le sol. Une glaise qui incite aux danses rituelles. On est pourtant aux antipodes de la pesanteur, sous l’effet d’ostinatos qui se déploient comme autant de vols d’étourneaux, aériens, zigzagants, irrésistibles. Des Variations zébrées de fulgurances mélodiques. Ça aussi, c’est l’esprit de Jarrett, un lyrisme chauffé à blanc, quand la ligne claire éblouit au détour de la densité.

De ces dialogues, suggestions, contournements et provocations nait un mouvement permanent. Une dynamique où le pianiste met la machine au défi de répondre au jeu d’une intelligence situationnelle et pas seulement artificielle. Cette part d’humanité du pianoïd, son imprévisibilité, est aussi troublante que la capacité d’Édouard Ferlet de conjuguer au futur ce qui fut un miracle de la page blanche.
En concert le 15 décembre 2026 au Théâtre de la Concorde