Au Mali, la voix de Kassé Mady Diabaté est une telle évidence qu’on pourrait la classer comme patrimoine national. En 35 ans, elle n’a pour ainsi dire jamais connu d’extinction, toujours présente, toujours appréciée, et ce malgré les changements de modes. La raison d’une telle longévité est simple : rares sont les chanteurs qui comme Kassé Mady savent faire dialoguer la grande tradition classique mandingue et la musique populaire sans perdre le précieux lien affectif avec le public. Aucun des projets ambitieux mis en œuvre au Mali ces dernières années ne se sera fait sans sa participation. En 2005, le joueur de kora Toumani Diabaté a ainsi relancé son big band, le Symmetric Orchestra, en sollicitant celui dont le nom signifie en malinké « pleure Mady » (Mady est une variante régionale de Mohammed), allusion à ce don hérité de ses ancêtres de traduire l’émotion par le chant. Pourtant, en dépit de l’unanimité qu’il suscite au Mali, le nom de Kassé Mady Diabaté reste encore trop peu connu en dehors du contexte local. Une injustice que devrait réparer Manden Djeli Kan (La voix du griot mandingue), l’album qu’il rêvait d’enregistrer depuis longtemps. Celui que beaucoup attendait d’un chanteur de sa classe.