C’était en 2000 au Saint Jean, un café du côté de la place des Abbesses. C’est là que Giovanni Mirabassi donnait rendez-vous, à l’ombre d’un Sacré Cœur, ce pâle monument qui célèbre la victoire rouge sang des forces de la réaction sur la Commune de Paris. A l’époque, il se définissait comme « libertaire », alors que sortait tout juste « Avanti ! », un disque où il parcourait des hymnes de la liberté et des chants partisans, « Le Temps des cerises » et « Imagine ». Emblématique, « El Pueblo Unido Jamas Sera Vencido » servait d’introduction à ce recueil en solitaire, celui d’un artiste « seul devant ses responsabilités artistiques et ses limites ». Cet album n’allait pas tarder à révéler aux oreilles du plus grand nombre ce pianiste natif de Pérouse, dans une famille de la démocratie chrétienne – c’est-à-dire la droite catholique – où on l’avait promis à un bel avenir, avocat. « Mais il y avait un piano à la maison, et dès mes deux ans, je m’y suis mis. Ce n’est qu’à seize ans que j’ai pris mes cinq premières leçons… et à vingt-deux mes cinq dernières. » Brisant les interdits, les trois fils sont musiciens : Gabriele l’aîné est clarinettiste et Giacommo le petit dernier joue de l’orgue. Quant à Giovanni Mirabassi, biberonné de Monk et de Chopin, sevré d’Enrico Pieranunzi et de Keith Jarrett, il est parti en février 1992 pour Paris, sur un coup de foudre. Il avait 21 ans et des rêves plein la tête. La réalité fut autrement plus rude pour cet autodidacte, qui aura dû patienter dans les coulisses de la gloire : il doit multiplier les petits boulots, tout en accompagnant les chanteurs, « à texte », sans jamais rompre le lien avec le jazz.

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