De tous les styles que compte le jazz, celui qu’on dit manouche est sans doute le plus près de constituer une musique traditionnelle. Django Reinhardt et Stéphane Grappelli ont délimité son champ d’action, lui ont offert un swing et un son reconnaissables entre mille. Plus encore, ils lui ont prêté un esprit empreint de liberté vagabonde, de poésie et de légèreté. Aussi l’abord de cette musique immédiatement identifiable par sa « pompe » rythmique aussi bien que par son harmonie, et dont l’âme est si profondément gitane, ne peut-il être que délicat. Paradoxalement, dans ce contexte à la fois étroit et ouvert, il peut aussi sembler risqué de s’aventurer vers une évolution, d’oser de nouveaux brassages. C’est l’éternelle question posée à toute tradition : même fixée par des codes inamovibles qui l’attachent à une culture précise, il lui faut accepter une part d’innovation sous peine de se momifier et de disparaître.

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